Interview-Dégustation : Vincent Bonnal – Domaine de Pelissols – Languedoc

Voici le deuxième interview de cette rubrique qui est celui d’un vigneron nature du Languedoc. Vincent Bonnal du Domaine de Pelissols en Languedoc.

La Vinosphere de BullOSphere : Racontez-moi l’histoire de votre domaine ?

Vincent Bonnal : Ça va être long ^^

Le Domaine existe probablement depuis l’aire Gallo-Romaine, mais la bâtisse actuelle date de la fin du XVII ème siècle, construite comme villégiature par une riche famille de tanneurs, industrie florissante sur les bords de l’Orb à l’époque.

D’abord plutôt orienté polyculture, le Domaine se spécialise dans la vigne au début du XX ème siècle, en cave particulière, puis après les grandes crises viticoles comme adhérent de la cave coopérative locale.

L’industrie locale disparaissant le domaine périclite et mon grand-père, alors simple ouvrier agricole, fini par quitter le domaine à la fin des années 40 pour devenir mineur de fond dans les mines de charbon toutes proches du Bousquet d’Orb.

Mais pour mon père, née dans les murs du domaine, s’est juré alors que si un jour ce domaine était à vendre il l’achèterait, chose faite en 1976, l’année de ma naissance.

Petit à petit il a refait tout l’encépagement du vignoble (qui était planté avec des cépages hybrides gros producteurs à l’époque) et a fini par faire un gros « bras d’honneur » à la cave coopérative au début des années 90, peut satisfait de l’orientation de cette dernière, en produisant son propre vin, associé avec mon Frère aîné.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Quel est votre parcours avant votre arrivée au domaine ?

Vincent Bonnal : Ben j’y suis né, mais en fait cela ne me passionnait pas du tout étant enfant puis adolescent. J’étais plus en phase avec la technologie, Atari 520 ST pour ceux à qui cela parle, Je lisais énormément et passait des week-ends entier sur des jeux de rôles papiers entre potes, bref un Geek.

Donc pour moi la vigne, c’était plutôt la corvée et j’y mettais peu d’entrain, d’Où une volonté de m’émanciper de ce milieu assez rapidement. Donc Bac scientifique, DUT Chimie et je suis parti vivre du côté de Marseille pour travailler dans la pétrochimie.

Et puis, et puis, j’ai quand même développé un intérêt pour le vin, ayant goûté pas mal de bonnes choses étant jeune. Puis vint un carrefour dans ma vie, un choix à faire, je venais de décrocher le saint graal, un CDI dans un labo de recherche-développement, et je vivais dans un appartement sympa à 200 mètre de la mer.

Et là, tout a basculé. J’étais dans ma voiture, allant au travail, et j’ai au du gros nuage de pollution au-dessus de l’usine ou j’allais travailler, je me suis dit « voilà, cela va être ton trajet quotidien pour les 20-30 années qui suivent »…

Je me suis dit « c’est ça que tu veux comme vie ? » la routine, sécurisée, un crédit, une femme, deux enfants et un chien ? ».

J’ai démissionné une semaine plus tard et j’ai voulu me rapprocher du vin et d’un métier me permettant de voyager, j’ai donc demandé à intégrer une école d’œnologie, et j’ai été pris à Toulouse. Deux années de poursuite d’études, cinq années après les avoir terminées.

Je pensais au début plutôt faire du labo, mais les quelques stages m’ont titillés l’envie d’être créatif, de participer à l’élaboration d’un vin.

Diplôme en poche j’ai donc commencé à travailler un peu partout dans les vignobles, en France, puis au Chili, ou un grand oncle avait travaillé dans les mines de cuivre, de quoi poursuivre l’aventure familiale,

Et un jour j’ai rencontré quelqu’un à Bordeaux, il cherchait un assistant pour son job de consultant viti-oenologique, en Chine, oui, en Chine, je ne savais même pas qu’ils avaient des vignes là-bas. Moi qui étais attiré par l’Asie (probablement à cause de Bruce Lee, John Woo, Wong Kar Wai, et bien d’autres) c’était une opportunité unique.

Je suis donc parti pour une mission de 4 mois et j’y suis resté 6 ans… Je me suis marié avec une Chinoise, adopté ses deux filles et vécu plein de choses complètement folle, mais l’envie de faire mon propre vin n’a fait que croître.

Trop compliqué sur place, et tenant aussi à ce que mes filles puissent étudier dans de bonne conditions, décision est prise de revenir en France.

C’était en 2012, et concordance des choses, mon Frère souhaitait passer la main, j’ai donc accepté de reprendre le Domaine.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Qu’avez-vous fait évoluer depuis votre arrivée ?

Vincent Bonnal : A peu près tout, passage en Bio certifié, réduction de la surface de vignes afin de pouvoir tout faire manuellement et a peu près seul, utilisation de préparations biodynamiques, vinification « naturelle », vins d’assemblages, seulement 4 cuvées.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Quelles sont les particularités de votre terroir ?

Vincent Bonnal : On est situé à la limite entre l’influence continentale aveyronnaise et celle Méditerranéenne, d’où des conditions climatiques variables, mais plus fraîches et pluvieuses que dans le reste e l’Hérault, ajouté à cela l’altitude entre 250 et 450 mètres et des sols Argilo calcaires, on a des conditions idéales pour faire des vins en finesse et fraîcheur, loin du style puissants et alcooleux de certains Languedoc.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Quelle est votre vision de la biodynamie et pourquoi avoir choisi ce mode de culture ?

Vincent Bonnal : C’est une vision pragmatique, je reste dubitatif devant la théorie, formation scientifique oblige, mais j’ai constaté de visu des effets réels sur les sols et les vins. Alors j’utilise les préparations Biodynamiques, mais je ne me considère plus vraiment étant en Biodynamie, cela demanderai selon moi plus de choses, notamment un meilleur respect des cycles naturels et surtout une approche en polyculture que je ne peux encore appliquer réellement.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Vos vins sont dits « nature », qu’est-ce que cela implique au quotidien, à la vigne et au chai, Pourquoi avoir voulu faire du vin nature ?

Vincent Bonnal : Je vais répondre dans l’ordre inverse des questions, faire du vin naturel c’est ajouter des contraintes fortes, un risque insensé. Un petit peu comme faire du trapèze à 15 mètres du sol et sans filet.

De la contrainte née la créativité, du risque le besoin d’excellence pour ne pas voir ses efforts réduits à néant. J’ai goûté des vins extraordinaires, qui m’ont fait vibrer, donné de l’émotion, presque tous étaient des vins naturels.

 

Le déclic cela a été de goûter un vin de Didier Barral (Domaine Léon Barral), durant mes études, et là ma vision du vin a basculée. C’est comme cela que j’aimerai faire du vin, et quel résultat !

Donc pour moi c’était l’évidence, je ne voulais faire du vin que pour voir jusqu’où je peux aller, voir grand, quitte a me planter, mais au moins avoir tenté quelque chose d’osé, créatif, pas uniquement faire du « business ». Approcher la création d’un grand vin, au moins une fois dans ma vie.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Votre gamme se compose de 4 vins, deux rouges, un rosé et un blanc. Qu’avez-vous eu envie de faire ressortir dans chaque vin ? Avez-vous en projet de créer de nouvelles cuvées ?

Vincent Bonnal : J’ai de très ancré en moi l’idée qu’on vin ne se boit pas seul, dans le sens qu’il est là pour accompagner quelque chose, un plat, un moment particulier.

 

J’ai toujours pensé mes vins pour des accords particuliers, le Blanc pour l’apéritif, une cuisine au gingembre, le « Brosé » pour accompagner les plats pimentés, le Luna Rouge comme le vin des repas ordinaires, et Le Domaine Rouge, comme la belle bouteille pour accompagner les repas « ou on a passé 3 heures derrière les fourneaux »

 

Je ne pense pas, je préfère me focaliser sur une gamme réduite plutôt que de me disperser, je me tâte même à ne plus faire que 3 vins, le Brosé prenant la place du Luna Novéla Rouge.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Racontez-moi l’historique de votre Rosé, que vous appelez « Brosé », Pourquoi a-t-elle été déclassée ? Pourquoi l’avoir nommée « Brosé » ?

Vincent Bonnal : Tout est parti d’un excellent article de Blog, celui de Sandrine Goeyvaerts (la Pinardothèque), ou elle parlait de cette tendance marketing aux USA, le « Brosé », en résumé le rosé qu’on boit entre mecs, entre « Bro ». Parce que le rosé là-bas est classé comme un vin « sucré pour filles », sauf que les consommateurs commencent à entendre parler du rosé de Provence (Brad Pitt et Angelina Jolie à Mireval y ont beaucoup aidé). Sauf que c’est sec et pale.

 

Donc pour vendre ce type de vin, on le « virilise », on le rend cool aux yeux des hommes, des vrais. Hors vous ne pouvez pas imaginer combien le marketing et le vocabulaire sexiste autour du vin me gonfle profondément.

 

Alors amusé de voir des gros barbus en chemise de bucheron avec des verres de rosés à la main se la jouer viril, j’ai imaginé pousser le concept tellement loin qu’il en devient ridicule. En gros tellement viril que même la communauté homosexuelle trouverait cela caricatural.

 

Donc pour faire passer l’idée en France qu’un rosé foncé, c’est cool, je joue un peu sur ces codes, cuirs, gros muscles, moustaches. Un peu comme quand vous tombez sur un vieux clip des années 80 qui à l’époque était ultra viril et maintenant…

 

La Vinosphere de BullOSphere : Vous avez fait un partenariat avec un compositeur pour créer une cuvée spéciale « 1fusé x Pelissols », pouvez-vous nous en dire plus sur cette cuvée, Pourquoi avoir eu l’envie de la faire ? Comment vous est venue l’idée ?

Vincent Bonnal : L’idée n’est pas de moi, je suis juste le véhicule, l’artiste c’est David Lavaysse, mon plus vieil ami, qui a connu un parcours un peu similaire au mien dans la musique, il a préféré faire ce qu’il voulait, seul, sans compromission, plutôt que de prendre un boulot sans âme.

 

En gros quand je suis rentré de Chine, on s’est retrouvé chez moi et après quelques excellentes bouteilles, il m’a confié qu’il aurait aimé depuis longtemps créer quelque chose autours du vin, inclure un support musical dans une bouteille de vin. Et là, j’ai juste eu l’idée d’inclure une carte mémoire micro SD entre la capsule et le bouchon de liège, on teste de suite, cela passe pile-poil.

 

Au final il s’est arrêté sur l’idée de compositions musicales uniquement a partir de sons samplés au domaine, instruments, bruits organiques, utilisation de l’acoustique de la cave, de la réverbération des cuves vides.

 

L’idée est de créer une expérience sensorielle, déguster un vin avec un son constituant une sorte de « Bande Originale » du domaine.

 

La Vinosphere de BullOSphere : Si vous ne deviez conseiller qu’une seule cuvée de votre gamme laquelle serait-elle ?

Vincent Bonnal : Là j’ai envie de répondre, si vous deviez me conseiller un seul de vos enfants, ce serait lequel ? Disons que tout dépend du contexte et de l’usage, un « Brosé » avec une fondue Chinoise « Sichuan » Style, un Domaine Rouge avec un Magret de Canard braisé sur sarment de vignes, le Blanc avec un apéro olives, tapenades, poisson fumé, Le Luna Novéla rouge avec une pizza entre potes devant un gros Nanard.

Dégustation:

Au niveau de la viticulture le domaine pratique l’enherbement naturel et total des parcelles avec une gestion de l’herbe via paillage (Rolofaca), aucun labour n’est effectué et aucun herbicide, insecticide ou produit de synthèse est pulvérisé.


Domaine de Pélissols « Blanc » 2017 :

C’est un assemblage de 80% de Muscat et 20% de Chardonnay. La fermentation, par levure indigènes, se fait en petite cuve inox et elle est suivie d’un élevage sur lies fines pendant 4 à 6 mois. Le vin n’est pas collé ni filtré. Il est ajouté un minimum de sulfites à la mise en bouteille, les sulfites totaux sont inférieurs à 20mg/l.

 

Robe : Un petit peu trouble (Le vin n’est pas filtré), de couleur Or Blanc au reflet vert.

Nez : Intense, Très fruité et gourmand sur des notes de raisin muscat, de pêches, d’abricots et de fruits exotiques (ananas).

Bouche : Très légèrement sucrée, gourmande et aussi fruitée que le nez sur l’abricot, le pêche et l’ananas. Une belle acidité est présente qui donne au vin un bel équilibre. La finale est de longueur moyenne.

C’est un très bon vin à boire maintenant ou dans les 5 ans pour préserver son fruité et sa gourmandise. Je conseille de le carafer un peu pour qu’il libère tous ses arômes.

Prix départ cave : 13€

 


Cuvée Luna Novélia « Rosé » 2017 dit « Brosé » :

C’est un assemblage de 95% de Grenache et 5% de Merlot. Une macération préfermentaire de 36 heures est effectuée avant le pressurage. La fermentation, par levure indigènes,  se fait en petite cuve inox et elle est suivie d’un élevage sur lies fines pendant 4 à 6 mois. Le vin n’est pas collé ni filtré. Il est ajouté un minimum de sulfites à la mise en bouteille, les sulfites totaux sont inférieurs à 20mg/l.

 

Robe : Un petit peu trouble (Le vin n’est pas filtré), de couleur rose ambré très soutenue.

Nez : Intense, Très fruité et gourmand sur des notes de fraises, de pruneaux et de cerises.

Bouche : elle est ronde et gourmande avec beaucoup de fruits sur des notes de cerises, de fraises et de framboises mais aussi une pointe d’épice. La finale est de grande longueur soulignée d’une pointe de réglisse qui apporte de la fraicheur.

C’est un excellent vin à boire maintenant ou dans les 5 ans pour préserver son fruité et sa gourmandise.

Prix départ cave : 8€

 


Cuvée Luna Novélia « Rouge » 2014 :

C’est un assemblage de 65% de Merlot et 35% de Grenache. Les grappes sont éraflées en totalité. La fermentation, par levure indigènes, se fait en petite cuve inox avec une extraction douce par remontages et l’élevage se fait aussi un cuve inox afin de préserver le fruit. Le vin n’est pas collé ni filtré. Il est ajouté un minimum de sulfites à la mise en bouteille, les sulfites totaux sont inférieurs à 20mg/l.

 

Robe : Sombre, de couleur rubis.

Nez : Intense, Très fruité et gourmand sur des notes de fruits  mûrs comme la prune, de moka et de cuir.

Bouche : elle est tendre, veloutée et gourmande avec beaucoup de fruit, des tannins veloutés et très équilibrés. La finale n’est pas très longue mais parfaite de par sa souplesse et son fruit généreux.

C’est un vin superbe à boire maintenant pour avoir le plaisir de gouter son fruité et sa gourmandise. C’est le vin de plaisir par excellence.

Prix départ cave : 8€

 

 


Domaine de Pélissols « Rouge » 2013 :

C’est un assemblage de 85% de Merlot et 15% de Syrah. La fermentation, par levure indigènes, se fait en petite cuve inox avec une extraction douce par remontages (courts) et pigeages. L’élevage se fait en barrique de 400l et en cuve inox. Le vin n’est pas collé ni filtré. Il est ajouté un minimum de sulfites à la mise en bouteille, les sulfites totaux sont inférieurs à 20mg/l.

 

Robe : Sombre, de couleur grenat.

Nez : Intense, fruité sur des arômes de fruits noirs comme la cerise, le cassis et la myrtille mais on décèle aussi des notes d’épices comme la vanille ou le réglisse.

Bouche : elle est puissante, équilibré avec des tannins soyeux on retrouve des notes de cassis cerises mais aussi beaucoup de notes d’épices et de cuir. La finale est de belle longueur avec une pointe de menthe qui lui donne beaucoup de fraicheur.

C’est un très bon vin qui a un bel avenir, je pense que 10 à 15 ans de cave ne lui feront pas peur.

Prix départ cave : 13€

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